7.4 KiB
Qui sont les créateur.ice.s de Romandie ?
Studios présents
- DNA Studios, 13 ans d'XP
- Tourmaline, 10 ans
- Digital Kingdom, 10 ans
- Sunnyside Games, 11 ans
- Dama Dama Games, 5 ans
- Strangers, 2 ans
Autres
Naraven Games, Lakeview, Team KwaKwa, Oneira Games, Oopsie Daisies, MomoPi, Siro Games, Furinkazan, Asteroid Lab
Quels sont les succès du financement des studios ?
Les studios romands dépendent de fonds publics pour financer leurs projets et créer leurs studios. Beaucoup de dévevloppeur.euse.s ont été aidé.e.s par Pro Helvetia non seulement financièrement mais aussi en leur donnant accès à des salons pour présenter leurs jeux ou à du coaching. Les fonds comme ceux octroyés par la Ville de Genève, par le Canton de Vaud et tout particulièrement par Cinéforom ont permis à plusieurs projets de voir le jour. Certains studios se tournent également vers des organismes comme le % culturel Migros (Story Lab).
Certains de ces fonds ont permis à des projets vidéoludiques d'être portés sur différentes plateformes, ce qui peut donner une seconde vie à des jeux, multiplier les canaux de vente et donc les revenus potentiels pour les studios. Ces portages ont un cout relativement faible par rapport à la création d'un projet complet et peuvent donc être entièrement couverts par des fonds plus modestes mais générer par conséquent un gros retour sur investissement.
Quelles sont les difficultés rencontrées par les studios pour obtenir du financement ?
Le développement de jeu vidéo coute cher par projet, à savoir de l'ordre de 100'000CHF pour un petit projet, 500'000 pour un projet d'envergue plus classique. Ces budgets couvrent en général une à plusieurs années de travail de la part d'une équipe de plusieurs personnes aux compétences diverses et variées. Cependant, la plupart des fonds octroyés permettent tout juste de couvrir des pre-production ou des prototypes.
Beaucoup de studios commencent leur vie sur la base de fonds octroyés par Pro Helvetia, mais ces fonds ne sont disponibles que pour les studios de moins de 7 ans d'ancienneté. Les studios romands les plus expérimentés ne peuvent donc plus aujourd'hui bénéficier d'une aide majeure au développement de l'industrie du jeu vidéo en Suisse.
De plus, la plupart des organismes demandent plusieurs sources différentes pour octroyer leurs fonds mais le jeu vidéo n'est finalement éligible qu'à peu de fonds différents ce qui limite la quantité de sources disponibles. En effet, peu de fonds mentionnent le jeu vidéo et ceux qui le font demandent à ce que les oeuvres financées aient un fort aspect narratif pour justifier leur importance culturelle et artistique.
Ce jugement de valeur vis à vis du jeu vidéo dans son ensemble est doublement pénalisant:
- non seulement il occulte le fait que la valeur du jeu vidéo est aussi et surtout dans le "jeu" et non pas dans la "vidéo", à savoir qu'un jeu méritant de voir le jour ne le doit pas uniquement au fait de ressembler à un film ou à "un livre dont vous êtes le héros"
- mais en plus de ça, ces jeux "sages" à forte valeur narrative ne sont de loin pas les plus rentables et pousser les studios à les produire ne fait que limiter le retour sur investissement de chacun de leur projet.
Comment le manque de moyens pénalise les GameDev ?
Ces limitations amènent les développeur.euse.s à se tourner vers des mandats pour des clients ou vers des fonds privés parfois peu avantageux pour le studio. Les publishers ponctionnent d'autant plus les revenus généré par les projets si le studio n'a pas d'autre alternative pour survivre ce qui impacte donc négativement le retour sur investissement et la pérennité du studio.
Ainsi, les studios romands ne peuvent subvenir à leurs besoin quasi exclusivement que par le revenu généré par leur portefolio, si non par des mandats. La pérennité d'un studio n'est donc dictée que par la rentabilité de ses projets ce qui pousse à une "fuite en avant" à produire des projets plus rapidement ou à miser toutes les ressources accumulée dans un seul projet qui signera ou non la mort du studio en fonction de sa réussite.
Ces difficultés à obtenir des moyens pour financer leurs projets à déjà pu empêcher certains projets de voir le jour, projets qui auraient pu contribuer au portefolio des studios et donc à leurs revenus sur la durée. Échouer à financer un projet, ce n'est pas seulement perdre l'argent du financement en lui-même mais également du revenu issue des ventes du jeu sur le long terme.
Financer plus de projets de jeu s'inscrit dans un cercle vertueux permettant à la fois aux studios de développer leur projet courant mais de bénéficier de revenus réguliers pour assurer le financement des prochains projets et donc la stabilité du studio. Échouer à financer des projets, c'est manquer doublement au développement de l'industrie.
Quelles sont les revendications des développeur.euse.s ?
Nous souhaitons bénéficier de plus de stabilité dans le développement de notre industrie et de plus de liberté dans l'exploration de notre art.
Nous souhaitons que le développement de jeux vidéo soit soutenu à part entière, pas comme une extension des arts numériques, du cinéma ou de la littérature.
Nous souhaitons que le jeu vidéo soit soutenu dans son ensemble, sans jugement de valeur arbitraire ou de mépris de classe. Les jeux d'arcade, les jeux abstraits ou les jeux mettant en scène de la violence font autant partie du paysage vidéoludique que les jeux narratifs ou cozy.
Nous souhaitons que des productions soient soutenues de manière plus complètes avec un meilleur suivi. Diluer les fonds dans plusieurs petits projets donne au final moins de chances aux jeux de voir le jour. Les soutiens actuels ne servent que pour des pré-productions ou des prototypes sans réellement de suivi du développement par des acteurs du terrain. Oser offrir des flonds plus importants avec un coaching par des professionnels permet d'entamer le cercle vertueux mentionné plus haut.
Nous souhaitons un soutien plus structuré, avec des soutiens spécifiques:
- aux nouveaux studios
- aux prototypes et pré-productions
- aux projets d'envergure
- aux portages de jeux sur différentes plateformes.
Cette variété de soutien permet de mieux définir les conditions d'application des fonds et de répartir les demandes.
Quelles options pour l'avenir ?
Le soutien financier seul, quoique nécessaire, ne saurait suffire à offrir la stabilité nécessaire à développer une industrie saine et pérenne en Suisse Romande. Ci-après quelques notions sortant du cadre de la discussion à propos du soutien de la CDAC au numérique mais malgré tout intéressante pour coordonner la suite des efforts.
En premier lieu, le jeu vidéo a besoin de développeur.euse.s qui, aujourd'hui en Suisse Romand, ne sont formé.e.s que par le biais de formations privées ou en auto-didacte. Introduire des formations officielles gérées par les développeur.euse.s de la région dans des écoles publiques, comme des masters universitaires, EPF ou HES, permettra de former de nouvelles personnes à notre industrie et à générer plus de projets. Plus de projets de jeux signifie également un plus gros portefolio collectif pour la communauté romande et donc participe au cercle vertueux cité plus haut. C'est un des mécanismes qui a porté énormément de fruits à Zurich via le master en Game Design de la Zhdk notamment.